Stellantis étudie actuellement la possibilité de produire jusqu’à 150 000 véhicules électriques abordables par an en Italie en collaboration avec son partenaire chinois Leapmotor, un constructeur spécialisé dans les voitures électriques basé à Zhejiang et coté à Hong Kong. Selon des informations rapportées par Automotive News Europe et confirmées par deux sources proches du dossier, cette production pourrait démarrer dès 2026 ou 2027 au sein de l’historique usine Fiat de Mirafiori, à Turin. Ce site industriel, qui a marqué l’histoire de l’automobile italienne, est en pleine reconversion : la fabrication du SUV Maserati Levante y prendra fin à la fin mars 2024, tandis que la production de la Fiat 500 thermique cessera définitivement après fin 2026, libérant ainsi des capacités pour ce nouveau projet.

L’annonce s’inscrit dans la stratégie d’expansion de Stellantis, troisième groupe automobile mondial en termes de chiffre d’affaires, qui cherche à accélérer sa transition vers l’électrique tout en optimisant ses sites européens. Lors d’une récente conférence téléphonique avec les investisseurs, le directeur général Carlos Tavares a évoqué cette éventualité en soulignant qu’une telle décision dépendrait avant tout de la viabilité économique du projet. Ce rapprochement industriel fait suite à l’acquisition par Stellantis, en novembre 2023, d’une participation d’environ 20 % dans Leapmotor pour un montant de 1,5 milliard d’euros (soit près de 1,6 milliard de dollars), un investissement visant à renforcer sa présence sur le marché des véhicules électriques compétitifs, notamment en Europe et en Chine.

Le choix de l’Italie comme base de production reflète une volonté de capitaliser sur le savoir-faire local et les infrastructures existantes, tout en répondant aux exigences croissantes des régulateurs européens en matière de décarbonation. Le site de Mirafiori, symbole de l’ère industrielle italienne, pourrait ainsi devenir un pilier de la stratégie électrique du groupe, en combinant l’expertise technologique de Leapmotor avec l’expérience manufacturière de Stellantis. Cette collaboration s’annonce comme un test majeur pour évaluer la capacité des constructeurs occidentaux à intégrer des technologies chinoises tout en maintenant des standards de qualité et de coûts attractifs pour les consommateurs européens.

Parallèlement, cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de restructuration du secteur automobile, marqué par la montée en puissance des acteurs asiatiques et la nécessité pour les groupes traditionnels de s’adapter rapidement. Stellantis, qui mise déjà sur des partenariats stratégiques (comme celui avec LG Energy Solution pour les batteries), voit en Leapmotor un levier pour accélérer son offre de véhicules électriques accessibles, un segment encore dominé par des modèles chinois comme ceux de BYD ou MG. Si le projet aboutit, il pourrait également servir de modèle pour d’autres sites du groupe en Europe, où la pression pour réduire les émissions et moderniser les usines s’intensifie.